Une soirée, deux spectacles
Le titre est en arabe de Danya Hammoud
en anglais le 17/06 et en français le 18/06
20 min
Comment continuer à regarder lorsque les images saturent jusqu’à épuiser toute capacité de voir ? Comment faire exister une parole lorsque le monde semble avoir perdu la capacité d’écouter ? Dans Le titre est en arabe, Danya Hammoud choisit le retrait de l’image comme position politique et poétique. Retirer l’image, non pas pour détourner le regard, mais pour amener l’écoute vers un point aveugle, où l’imaginaire et le corps prennent le relais. Au cœur de cette performance, le texte Les détails de Ghayath Al-Madhoun, poète palestinien né à Damas dans le camp de réfugiés de Yarmouk. Son écriture, sobre et implacable, décrit la violence et la mort par injustice sans détour, en s’attachant à l’expérience physique d’un corps. À rebours d’un monde saturé de récits et d’images, Danya Hammoud suspend le visible pour faire advenir un autre régime d’attention. Donner à entendre sans médiation rend possible l’émergence d’une voix reléguée et affirme l’écoute comme une pratique collective de résistance.
Ommi Sissi de Mohamed Issaoui
en français avec texte distribué en anglais
25 min
Ommi Sissi met en jeu un corps soumis à des cadres. Cadres médicaux, cadres sociaux, cadres moraux. Dans ce solo, Mohamed Issaoui s’appuie sur son parcours de médicalisation au service des maladies infectieuses de l’hôpital La Rabta à Tunis, et sur l’année qui a suivi l’annonce de sa séropositivité. Une période de bascule où le corps change de statut, où le regard social se charge de jugements, et où la honte impose le silence. Ommi Sissi révèle comment la maladie agit comme un révélateur brutal des normes, des tabous et des logiques d’exclusion. Les danses traditionnelles tunisiennes y sont convoquées comme des formes déplacées, détournées de leurs assignations de genre pour devenir des outils d’émancipation et de réappropriation du corps, dans une traversée autant spirituelle que politique. Dans l’épreuve, Mohamed Issaoui fait apparaître les formes de résistance et de résilience. Ommi Sissi affirme la scène comme un espace de prise de parole nécessaire, où l’histoire individuelle devient un levier pour interroger les violences structurelles, les dispositifs de marginalisation et les tabous persistants autour du VIH.